Le mode du possible, pas du certain
L'indicatif présente un fait comme réel, certain ou objectif ; le subjonctif le présente comme une possibilité, une volonté, un doute ou un sentiment, sans affirmer qu'il est réalisé. C'est cette valeur qui explique pourquoi certaines conjonctions imposent systématiquement l'un ou l'autre mode dans la subordonnée qu'elles introduisent.
Les locutions qui imposent toujours le subjonctif
Un groupe de locutions conjonctives exprimant le but, la concession, la condition ou l'indétermination appelle obligatoirement le subjonctif dans la proposition qu'elles introduisent : « bien que », « quoique », « avant que », « pour que », « afin que », « à moins que », « sans que », « jusqu'à ce que », « pourvu que », « quoi que », « qui que », « où que ».
Juste : « Bien qu'il soit tard, je reste. » / « Avant qu'il parte, préviens-le. » / « Pourvu qu'il fasse beau demain. » Fautif : « Bien qu'il est tard, je reste. » / « Avant qu'il part, préviens-le. »
Après un verbe d'opinion à la forme négative ou interrogative
Les verbes d'opinion ou de déclaration (« penser », « croire », « espérer »...) appellent l'indicatif à la forme affirmative, parce qu'ils affirment un fait tenu pour probable. À la forme négative ou interrogative, qui introduit un doute, le subjonctif est souvent employé, sans que cette bascule soit une règle aussi rigide que celle des locutions ci-dessus.
Juste : « Je pense qu'il viendra. » (affirmatif : indicatif) / « Je ne pense pas qu'il vienne. » (négatif, doute : subjonctif fréquent)
Le cas discuté de « après que »
La règle traditionnelle veut que « après que » soit suivi de l'indicatif, car il introduit un fait accompli et réel, à la différence de « avant que », qui introduit un fait non réalisé et appelle logiquement le subjonctif. Dans l'usage contemporain, y compris chez des locuteurs soignés, le subjonctif après « après que » est cependant très répandu, par analogie avec « avant que ».
Juste (norme recommandée) : « Il est parti après qu'il a fini son travail. » Très répandu dans l'usage, mais non conforme à la norme : « Il est parti après qu'il ait fini son travail. »
En contexte d'écrit soigné ou d'examen, l'indicatif reste la forme à privilégier après « après que ».
Le cas discuté de « malgré que »
L'Académie française ne condamne pas totalement « malgré que », mais elle en déconseille l'emploi comme équivalent de « bien que » ou « quoique » en registre soutenu. Elle n'admet comme pleinement correct que l'emploi figé « malgré que j'en aie » (et ses variantes de personne). Plusieurs écrivains reconnus ont pourtant employé « malgré que » au sens de « bien que », ce qui brouille la frontière entre faute et licence littéraire.
Juste (emploi figé admis) : « Malgré qu'il en ait, il devra céder. » À éviter en registre soutenu ou d'examen : « Malgré qu'il pleuve, je sors. » (préférer « bien qu'il pleuve »)
Le réflexe à garder à l'écrit professionnel
Devant une locution de concession, de but ou de condition, vérifiez si elle figure dans la liste qui impose systématiquement le subjonctif. Devant « après que », choisissez l'indicatif si vous visez un registre soutenu, même si le subjonctif reste très toléré à l'oral. Réservez « malgré que » à sa seule tournure figée, et préférez « bien que » ou « quoique » partout ailleurs.
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▸ SOURCES
- Le subjonctif — BDL, OQLF
- Après que (indicatif ou subjonctif) — Clés de la rédaction, Portail linguistique du Canada
- Académie française — dictionnaire et questions de langue
- Bescherelle, La Conjugaison pour tous