Une méthode unique pour toutes les paires
Les homophones grammaticaux (des mots qui se prononcent pareil mais s'écrivent différemment selon leur fonction) concentrent une grande partie des fautes à l'écrit professionnel. La bonne nouvelle : une seule méthode permet de trancher dans presque tous les cas, le test de substitution. Il consiste à remplacer mentalement le mot en doute par un autre mot de sens ou de nature proche, qui ne peut convenir qu'à l'une des deux graphies. Si la substitution fonctionne, vous avez la bonne forme.
a / à
« a » est le verbe avoir à la troisième personne du singulier du présent : le test consiste à le remplacer par « avait ». Si la phrase reste correcte à l'imparfait, c'est « a ». « à » est une préposition invariable, qui ne se remplace jamais par « avait ».
Juste : « Il a raison. » (il avait raison) / « Il va à Paris. » Fautif : « Il à raison. »
ce / se
« ce » est un déterminant ou un pronom démonstratif, placé devant un nom ou en sujet du verbe être (« ce sont »). « se » est un pronom réfléchi, placé devant un verbe pronominal.
Juste : « Ce livre est à moi. » / « Il se lave. » Fautif : « Il ce lave. »
Le repère pratique : si le mot suivant est un verbe conjugué à la troisième personne d'un verbe pronominal, c'est « se ».
ces / ses / c'est / s'est
Quatre formes à distinguer avec deux tests de substitution complémentaires. « ces » est un déterminant démonstratif pluriel : le test consiste à le mettre au singulier (« ce » ou « cette »). « ses » est un déterminant possessif pluriel : le test consiste à le mettre au singulier possessif (« son » ou « sa »). « c'est » est un présentatif, substituable par « cela est ». « s'est » est un pronom réfléchi suivi de l'auxiliaire être, propre à un verbe pronominal au passé composé.
Juste : « Ces livres sont à lui. » (ce livre) / « Il a pris ses affaires. » (sa affaire) / « C'est lui. » / « Il s'est trompé. » Fautif : « Ses livres sont à lui, ces affaires sont dans le sac. » (les deux formes sont inversées)
leur / leurs
« leur » déterminant possessif reste invariable en nombre quand un seul objet est possédé collectivement par plusieurs personnes, mais s'accorde au pluriel quand chaque personne possède plusieurs objets. « leur » pronom personnel complément (au sens de « à eux », « à elles ») est, lui, toujours invariable, quel que soit le nombre de possesseurs.
Juste : « Ils ont pris leur voiture. » (une seule voiture pour tous) / « Ils ont pris leurs valises. » (plusieurs valises, une chacun) / « Je leur ai parlé. » Fautif : « Je leurs ai parlé. »
Le test de substitution : si vous pouvez remplacer « leur » par « lui » au singulier sans changer la construction (« je lui ai parlé »), c'est le pronom invariable, jamais de s.
quel(s) / quelle(s) / qu'elle(s)
« quel/quelle » est un déterminant ou un pronom exclamatif ou interrogatif, qui s'accorde en genre et en nombre. « qu'elle(s) » est la conjonction « que » suivie du pronom sujet « elle(s) » : le test consiste à remplacer « elle » par « il », ce qui donne « qu'il ».
Juste : « Quelle chance ! » / « Je crois qu'elle vient. » (je crois qu'il vient) Fautif : « Je crois quelle vient. »
peu / peut / peux
« peu » est un adverbe de quantité, invariable, substituable par « beaucoup ». « peut » et « peux » sont des formes du verbe pouvoir, substituables par « pouvait ».
Juste : « Il a peu de temps. » (il a beaucoup de temps, la construction fonctionne même si le sens s'inverse : c'est bien l'adverbe) / « Il peut venir. » (il pouvait venir) / « Je peux venir. » Fautif : « Il a peut de temps. »
quand / quant / qu'en
« quand » est une conjonction ou un adverbe de temps, substituable par « lorsque ». « quant » n'existe que dans la locution figée « quant à », substituable par « en ce qui concerne ». « qu'en » est la combinaison de « que » et de « en ».
Juste : « Quand viendras-tu ? » (lorsque viendras-tu) / « Quant à moi, je reste. » (en ce qui me concerne, je reste) / « Je ne pense pas qu'en faisant cela il réussira. » Fautif : « Quant viendras-tu ? »
près / prêt
« près » est un adverbe ou une préposition de proximité, invariable. « prêt(e) » est un adjectif signifiant préparé, qui s'accorde comme tout adjectif.
Juste : « Il habite près d'ici. » / « Elle est prête. » Fautif : « Elle est près. » (si le sens visé est « elle est préparée »)
plutôt / plus tôt
« plutôt », en un mot, exprime une préférence, substituable par « de préférence ». « plus tôt », en deux mots, est le comparatif de « tôt », l'inverse de « plus tard ».
Juste : « Il vaut plutôt rester. » / « Il est arrivé plus tôt que prévu. » Fautif : « Il est arrivé plutôt que prévu. » (si le sens visé est temporel, il faut « plus tôt »)
Le test rapide : si vous pouvez remplacer par « plus tard » sans absurdité, c'est « plus tôt » en deux mots.
Méthode générale à retenir
Dans tous les cas ci-dessus, la démarche est la même : identifiez un mot de substitution qui ne fonctionne que pour l'une des deux graphies (un verbe à un autre temps, un singulier, un synonyme), testez-le mentalement dans la phrase, et retenez la forme pour laquelle la substitution reste grammaticalement correcte. Cette méthode fonctionne aussi bien à l'écrit professionnel courant que dans un contexte d'entraînement chronométré, car elle demande une vérification rapide, pas un rappel de règle complexe.
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