Pourquoi cette règle fait autant de fautes
L'accord du participe passé est la première cause de fautes à l'écrit professionnel, parce qu'il n'existe pas une règle unique mais une série de cas qui dépendent de l'auxiliaire employé, de la présence d'un complément d'objet direct (COD) et de sa position dans la phrase. Ce guide reprend les cas les plus fréquents, du plus simple au plus piégeur, chacun avec un exemple juste et un exemple fautif.
Avec l'auxiliaire être : l'accord avec le sujet
Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire être s'accorde en genre et en nombre avec le sujet de la phrase, sans exception.
Juste : « Elles sont arrivées en retard. » Fautif : « Elles sont arrivé en retard. »
Ce cas est le plus simple des quatre présentés ici : il suffit de repérer le sujet et d'accorder le participe comme un adjectif qui le qualifierait.
Avec l'auxiliaire avoir : l'accord avec le COD placé avant
Le participe passé conjugué avec avoir s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct (COD), mais uniquement si ce COD est placé avant le verbe. S'il n'y a pas de COD, ou si le COD est placé après le verbe, le participe reste invariable.
Juste : « Les lettres que j'ai écrites sont parties. » (le COD, « que » mis pour « lettres », est placé avant le verbe : accord) Juste : « J'ai écrit des lettres. » (le COD est placé après : invariable) Fautif : « Les lettres que j'ai écrite sont parties. »
La méthode pour ne jamais se tromper : posez-vous la question « j'ai écrit quoi ? », identifiez le COD, puis vérifiez sa position par rapport au verbe avant d'accorder.
Les verbes pronominaux : le cas le plus fautif
La majorité des verbes pronominaux s'accordent comme avec avoir : avec le COD, s'il est placé avant le verbe. Pour beaucoup de pronominaux, le pronom réfléchi « se » est lui-même ce COD, et l'accord se fait alors avec le sujet.
Juste : « Elles se sont lavées. » (elles ont lavé qui ? elles-mêmes : « se » est COD, placé avant : accord) Juste : « Elles se sont lavé les mains. » (le COD réel est « les mains », placé après le verbe : invariable ; « se » ici est complément d'objet indirect, pas direct) Fautif : « Elles se sont lavé. » (ici « se » est bien COD : l'accord est requis) Fautif : « Elles se sont lavées les mains. »
Le réflexe à prendre : cherchez toujours ce que le sujet a réellement fait subir à quoi, avant d'accorder mécaniquement sur la présence de « se ».
Les verbes essentiellement pronominaux : accord automatique
Certains verbes n'existent qu'à la forme pronominale (s'évanouir, se souvenir, s'enfuir), et les pronominaux à sens passif (se vendre au sens d'être vendu) s'accordent toujours avec le sujet, sans qu'il soit nécessaire d'analyser un COD.
Juste : « Elle s'est évanouie. » / « Ces robes se sont bien vendues. » Fautif : « Elle s'est évanoui. »
Ce cas est plus simple que le précédent : dès que le verbe n'existe qu'à la forme pronominale, l'accord avec le sujet est automatique.
Participe passé suivi d'un infinitif : qui fait l'action ?
Quand un participe passé est suivi d'un infinitif, l'accord avec le COD qui précède ne se fait que si ce COD réalise lui-même l'action exprimée par l'infinitif. Si le COD subit cette action, le participe reste invariable.
Juste : « Les enfants que j'ai vus courir. » (ce sont les enfants qui courent : accord) Fautif : « Les enfants que j'ai vu courir. » (si ce sont bien les enfants qui courent)
Un cas particulier et systématique s'ajoute à cette règle : le participe « fait » suivi d'un infinitif est toujours invariable, quel que soit le COD et sa position, et les grammairiens tendent aujourd'hui à recommander la même invariabilité pour « laissé » suivi d'un infinitif.
Juste : « La voiture que j'ai fait réparer est encore en panne. » / « Elles se sont fait avoir. » Fautif : « La voiture que j'ai faite réparer est encore en panne. »
À l'inverse, « fait » qui n'est pas suivi d'un infinitif s'accorde normalement : « Cette erreur, il l'a faite exprès. »
Les verbes impersonnels : toujours invariable
Le participe passé d'un verbe employé impersonnellement (il a plu, il a fallu, il y a eu) est toujours invariable, y compris quand un pronom relatif semble le précéder et suggérer un accord.
Juste : « Les efforts qu'il a fallu. » / « La chaleur qu'il a fait. » Fautif : « Les efforts qu'il a fallus. »
Ce cas trompe souvent les rédacteurs les plus soigneux, précisément parce que le réflexe d'accorder avec un pronom relatif placé avant devient automatique après avoir intégré la règle de l'auxiliaire avoir.
Méthode rapide pour un texte professionnel
Face à un participe passé, posez-vous ces questions dans l'ordre : quel est l'auxiliaire (être ou avoir) ? Y a-t-il un COD, et où est-il placé ? Le verbe est-il pronominal, et si oui, le pronom réfléchi est-il lui-même le COD ? Le participe est-il suivi d'un infinitif, et qui réalise l'action de cet infinitif ? Ces quatre questions couvrent la quasi-totalité des cas rencontrés dans un écrit professionnel courant, dont ceux évalués par le QCM d'orthographe de la Certification Voltaire.
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