Le lexique est une épreuve à part entière, et elle dure trente minutes
Beaucoup de candidats préparent la Certification Voltaire comme s'il n'y avait qu'une épreuve d'orthographe. Il y en a quatre, et la dernière ne porte pas du tout sur les accords. L'éditeur décrit son déroulement en quatre temps : « Une dictée de trois phrases simples (5 minutes) », « Une tâche de rédaction (90 minutes) », « Un QCM (questionnaire à choix multiples) d'orthographe (55 minutes) » et « Un QCU (questionnaire à choix unique) de vocabulaire (30 minutes) ».
Ce QCU final porte sur « 100 mots issus du vocabulaire professionnel », et pour chacun le candidat choisit la proposition dont le sens est le plus proche parmi « quatre choix ». La consigne ne porte donc pas sur l'accord mais sur le sens : ce qui est mesuré, c'est si vous savez ce qu'un mot veut dire.
Cette épreuve ne nourrit pas le score sur 1 000. La fiche officielle France Compétences RS7113 décrit deux niveaux distincts : « Un niveau d'orthographe, établi sur la base des points obtenus à l'épreuve 3 (QCM d'orthographe), sur un total de 1000 points distribués » et « Un niveau rédactionnel, établi sur la base des points cumulativement obtenus aux épreuves 2 (Tâche de rédaction) et 4 (QCM de vocabulaire), sur un total de 9 points distribués ». Le vocabulaire pèse donc sur la seconde échelle, celle qui va jusqu'à 9.
Une précision de vocabulaire sur le vocabulaire, justement : l'éditeur parle de QCU (questionnaire à choix unique) là où la fiche France Compétences écrit « QCM de vocabulaire ». Il s'agit de la même quatrième épreuve, désignée de deux façons par deux sources officielles.
Pourquoi un paronyme coûte plus cher ici qu'ailleurs
L'Office québécois de la langue française en donne la définition la plus nette : « Un paronyme est un mot dont la prononciation et l'orthographe ressemblent à celles d'un autre mot, mais dont le sens diffère. »
Relisez maintenant le format de l'épreuve. On vous donne un mot, puis quatre propositions de sens. Un paronyme est le distracteur parfait : il ressemble au mot testé au point que votre oreille l'accepte, et son sens est ailleurs. Le candidat qui « voit à peu près » coche, et se trompe.
Et ici, se tromper ne se paie pas comme ailleurs. L'éditeur écrit noir sur blanc, pour cette épreuve précise : « Pour cet exercice, nous vous conseillons de ne pas répondre si vous avez un doute : répondre de manière incorrecte vous coûtera plus de points que de ne pas répondre. »
C'est ce qui rend la révision des paronymes rentable, et c'est aussi ce qui rend la demi-connaissance dangereuse. Un couple que vous ne connaissez pas du tout ne vous coûte qu'une abstention. Un couple que vous croyez connaître vous coûte une réponse fausse, c'est-à-dire davantage. La fiche ci-dessous ne sert donc pas à « avoir une idée » de ces onze couples : elle sert à en faire onze certitudes, et à laisser le reste de côté.
Les sept couples tranchés par l'Académie française
L'Académie française consacre à chacun de ces couples un article de sa rubrique « Dire, ne pas dire », avec une colonne « on dit » et une colonne « on ne dit pas ». C'est exactement le format d'une fiche de révision, et c'est pourquoi les exemples entre guillemets ci-dessous sont repris tels qu'elle les publie.
La fiche, couple par couple
Acception et acceptation. L'Académie les dit « trop souvent confondus » : « Acceptation désigne le fait d'accepter quelque chose, soit en donnant son agrément, soit en se résignant à ce qui est imposé, alors que l'acception peut être, dans la langue de la justice, la préférence que l'on a pour une personne au préjudice d'une autre ou, plus couramment, le sens dans lequel on prend un mot. » On dit donc « Après acceptation du dossier… » et « Ce verbe a plusieurs acceptions ».
Conjecture et conjoncture. « Ces deux paronymes, qui ne diffèrent que d'un phonème, sont souvent confondus à l'oral, alors que leurs sens diffèrent grandement : une conjecture est une opinion, un jugement, une supposition que l'on fonde sur des réalités ou des apparences, alors que la conjoncture désigne l'état, la situation résultant de circonstances diverses. » On dit « Se perdre en conjectures » et « Bénéficier d'une conjoncture économique favorable ».
Éminent et imminent. « Éminent signifie donc “qui domine ce qui l'entoure” et, en parlant d'une personne, “qui s'élève au-dessus des autres” », tandis qu'imminent se dit de ce « qui menace de se produire très prochainement ». On dit « Un éminent linguiste » et « Leur mariage est imminent ».
Inclinaison et inclination. Même origine latine, deux sens séparés : « Inclinaison désigne l'état de ce qui est incliné, alors qu'inclination désigne le fait de pencher la tête en avant, en signe d'acquiescement, de salut ou de respect, mais aussi le mouvement de l'âme, le plus souvent animée par un sentiment amoureux, qui entraîne vers quelqu'un, vers quelque chose. » On dit « L'inclinaison d'un toit », « Saluer d'une inclination de la tête » et « Avoir de l'inclination pour quelqu'un ». Et si un repère de mémoire vous aide, celui-là est de nous, pas de l'Académie : une inclinaison se mesure, une inclination se ressent.
Perpétrer et perpétuer. « Perpétrer, qui signifie “commettre (un forfait)” », face à « perpétuer, “faire durer infiniment ou très longtemps” ». On dit « Perpétrer un crime » et « Perpétuer la mémoire d'un ami, une tradition ».
Recouvrer et recouvrir. « Recouvrer est la forme populaire issue du latin recuperare, “reprendre, retrouver” », quand « recouvrir, lui, est dérivé de couvrir et signifie “couvrir de nouveau” ou “couvrir entièrement” ». On dit « Recouvrer la santé, une somme d'argent » et « Ces deux figures géométriques ne peuvent se recouvrir ». Le couple est d'autant plus glissant que, l'Académie le relève elle-même, « de chacun d'eux est dérivé un seul et même nom : recouvrement ».
Allocution et élocution. « Allocution et élocution sont des paronymes empruntés de formes latines dérivées de loqui, “parler”. » Le premier désigne « un bref discours tenu par une personnalité », le second « la manière dont on exprime sa pensée et, particulièrement, la manière dont on émet les sons en parlant ». On dit « La cérémonie a commencé par une allocution du maire » et « Cet orateur a une élocution très élégante ».
| Couple | Ce qui les sépare | La phrase qui tranche |
|---|---|---|
| acception / acceptation | un sens de mot / le fait d'accepter | « Ce verbe a plusieurs acceptions » · « Après acceptation du dossier… » |
| conjecture / conjoncture | une supposition / une situation | « Se perdre en conjectures » · « Bénéficier d'une conjoncture économique favorable » |
| éminent / imminent | qui domine / qui va survenir | « Un éminent linguiste » · « Leur mariage est imminent » |
| inclinaison / inclination | l'état de ce qui penche / le penchant | « L'inclinaison d'un toit » · « Saluer d'une inclination de la tête » |
| perpétrer / perpétuer | commettre / faire durer | « Perpétrer un crime » · « Perpétuer la mémoire d'un ami, une tradition » |
| recouvrer / recouvrir | retrouver / couvrir | « Recouvrer la santé, une somme d'argent » · « Ces deux figures géométriques ne peuvent se recouvrir » |
| allocution / élocution | un bref discours / la façon de parler | « La cérémonie a commencé par une allocution du maire » · « Cet orateur a une élocution très élégante » |
Les quatre couples qui piègent la correspondance de bureau
Les quatre suivants ne viennent pas de l'Académie mais de la Banque de dépannage linguistique de l'Office québécois de la langue française, qui les traite sous l'entrée « Paronymes ». Ils ont un point commun : ils appartiennent à la langue de bureau, celle du courriel, de la note de service et de la lettre d'accompagnement, c'est-à-dire au registre même où le QCU puise ses « 100 mots issus du vocabulaire professionnel ».
À l'attention de et à l'intention de. L'OQLF sépare les deux par le contexte : « On trouve principalement la mention à l'attention de dans des contextes de correspondance administrative », alors que pour à l'intention de, « on l'utilise dans n'importe quel contexte avec le sens de “pour, destiné à, en l'honneur de” ». Exemple donné : « Cette soirée a été organisée à l'intention de tous les bénévoles de la région de la Capitale-Nationale. »
Adhérence et adhésion. Adhérence signifie « état d'une chose qui tient à une autre par un contact étroit, qui est fortement attachée, collée » : « L'adhérence des pneus sur la route diminue considérablement lorsqu'il pleut. » Adhésion signifie « approbation réfléchie, action de souscrire à une idée, à une doctrine, etc. » et « action de s'inscrire à un parti, à une association ». On donne son adhésion à un projet, jamais son adhérence.
Affectation et affection. Celui-ci est double, et c'est ce qui le rend traître. L'affectation, c'est d'abord « la destination à un usage déterminé, à une fonction ou à un poste » : « Les nouveaux enseignants espèrent une première affectation dans un établissement près de leur domicile. » Le mot signifie aussi « action d'adopter une manière d'agir feinte ou exagérée », donc un manque de naturel : « Le professeur s'exprimait avec affectation, utilisant un vocabulaire archaïque et des tournures alambiquées. » Affection, de son côté, a le sens de « sentiment tendre qui attache une personne à une autre » et, en médecine, de « processus morbide organique ou fonctionnel, maladie ».
Élucider et éluder. Deux verbes presque opposés. Élucider, c'est « expliquer, rendre clair ce qui est complexe, confus, obscur ». Éluder, c'est « se soustraire adroitement à quelque chose par quelque artifice ou faux-fuyant; éviter, escamoter » : « Chaque fois qu'on leur demande leur âge, ils éludent la question. » Écrire qu'une réunion a permis d'éluder un point, c'est écrire le contraire de ce que l'on voulait dire.
| Couple | Ce qui les sépare | La phrase qui tranche |
|---|---|---|
| à l'attention de / à l'intention de | l'adressage administratif / la destination, l'hommage | « Cette soirée a été organisée à l'intention de tous les bénévoles… » |
| adhérence / adhésion | un contact physique / une approbation | « L'adhérence des pneus sur la route diminue considérablement lorsqu'il pleut » |
| affectation / affection | un poste, ou un manque de naturel / un sentiment, ou une maladie | « Les nouveaux enseignants espèrent une première affectation… » |
| élucider / éluder | rendre clair / esquiver | « Chaque fois qu'on leur demande leur âge, ils éludent la question » |
Réviser une fiche de paronymes : la phrase, pas la définition
La faute de méthode la plus répandue consiste à apprendre les deux définitions d'un couple. C'est précisément ce qui ne tient pas le jour de l'épreuve : sous contrainte de temps, deux définitions voisines se brouillent, et vous vous retrouvez à hésiter entre quatre propositions en essayant de reconstruire un raisonnement.
Apprenez une phrase par mot, pas une définition par mot. C'est d'ailleurs ce que l'Académie française donne à la fin de ses articles : deux colonnes, « on dit » et « on ne dit pas », où la règle cède la place à des phrases toutes faites. « Se perdre en conjectures » se rappelle en un dixième de seconde ; « la conjecture est une supposition fondée sur des réalités ou des apparences » demande un effort de reconstruction que vous n'aurez pas le temps de fournir.
Une séance de dix minutes suffit si elle est conduite dans le bon sens. Ne relisez pas la fiche du haut vers le bas, vous reconnaîtriez les mots sans les savoir. Cachez la colonne de droite, lisez un couple, dites la phrase à voix haute, puis vérifiez. Les couples que vous sortez sans hésiter, rayez-les définitivement. Ceux qui vous font marquer un temps d'arrêt restent seuls en lice au tour suivant. En trois tours, il ne devrait en rester qu'une poignée, et ce sont ceux-là qu'il faut travailler, pas les onze.
Dernier réflexe, pour le jour même : décidez à l'avance de ce que vous ferez devant un mot inconnu. Vous ne le déciderez pas correctement sur le moment, sous la pression des trente minutes. La consigne de l'éditeur est claire, l'abstention coûte moins que l'erreur : un mot dont vous n'êtes pas sûr se laisse blanc, et le temps gagné va aux mots que vous savez.
Ce que cette fiche ne couvre pas
Onze couples ne sont pas cent mots. Le QCU porte sur « 100 mots issus du vocabulaire professionnel », et rien n'indique dans les documents publics que ces cent mots soient tous des paronymes : la confusion de paronymes est un des pièges de l'épreuve, pas sa totalité. Cette fiche traite le piège le plus mécanique, celui qui se révise en liste ; elle ne remplace pas la lecture régulière qui construit un lexique.
Elle ne dit rien non plus des homophones grammaticaux, qui relèvent d'une autre logique : a et à, ce et se, leur et leurs s'entendent à l'identique et se tranchent par la grammaire, pas par le sens du mot. Un paronyme, lui, s'entend différemment et se trompe sur le sens. Notre guide sur les homophones grammaticaux leur est consacré.
Enfin, aucune des sources citées ici n'est un document d'examen. L'Académie française et l'Office québécois de la langue française décrivent le bon usage, ils ne publient pas les mots retenus par l'éditeur pour son questionnaire. Nous n'avons aucun moyen de savoir lesquels de ces onze couples tomberont, et nous ne le prétendons pas.
Rappel : test-orthographe.fr est un site indépendant, non affilié à Woonoz, éditeur du Projet Voltaire et organisme certificateur de la Certification Voltaire. Nous entraînons aux QCM, nous ne délivrons ni score ni certificat.
À retenir
Le vocabulaire est la quatrième épreuve de la Certification Voltaire, elle dure trente minutes, elle porte sur cent mots, et elle alimente avec la tâche de rédaction le second score, celui sur 9 points. Les paronymes y sont le distracteur naturel, parce qu'ils ressemblent au mot testé sans en avoir le sens.
▸ SOURCES
- Déroulement des épreuves, Certificat Voltaire
- Fiche RS7113, France Compétences
- Qu'est-ce qu'un paronyme ? Banque de dépannage linguistique, OQLF
- Acception pour Acceptation, Académie française, Dire, ne pas dire
- Conjecture pour Conjoncture, Académie française, Dire, ne pas dire
- Éminent pour Imminent, Académie française, Dire, ne pas dire
- Inclinaison pour Inclination, Académie française, Dire, ne pas dire
- Perpétrer et perpétuer, Académie française, Dire, ne pas dire
- Recouvrer et recouvrir, Académie française, Dire, ne pas dire
- Allocution pour Élocution, Académie française, Dire, ne pas dire
- À l'attention de et à l'intention de, Banque de dépannage linguistique, OQLF
- Adhérence et adhésion, Banque de dépannage linguistique, OQLF
- Affectation et affection, Banque de dépannage linguistique, OQLF
- Élucider et éluder, Banque de dépannage linguistique, OQLF