Le sujet réel ne saute pas toujours aux yeux
Le verbe s'accorde en personne et en nombre avec son sujet, jamais avec le mot le plus proche de lui. C'est une évidence en théorie, mais un piège fréquent dès qu'un groupe de mots s'intercale entre le sujet et le verbe.
Juste : « Le rapport que vous avez rédigé la semaine dernière avec vos deux collègues arrive demain. » (le sujet reste « le rapport », singulier, malgré les noms pluriels intercalés) Fautif : « Le rapport que vous avez rédigé la semaine dernière avec vos deux collègues arrivent demain. »
Le même principe s'applique quand le sujet est placé après le verbe : « Sur la table se trouvaient plusieurs dossiers. » (le sujet réel, « plusieurs dossiers », est pluriel, même s'il suit le verbe).
Sujets joints par « et » : le pluriel, sans exception
Quand deux ou plusieurs sujets sont réunis par « et », le verbe se met au pluriel, quel que soit le nombre de chaque sujet pris isolément.
Juste : « Le directeur et son adjoint signent le document. » Fautif : « Le directeur et son adjoint signe le document. »
Seule nuance : si les personnes grammaticales diffèrent (toi et moi, lui et moi), le verbe se met au pluriel à la personne qui l'emporte (la première personne prime sur la deuxième, qui prime sur la troisième) : « Toi et moi partons. »
Sujets joints par « ou » ou « ni... ni » : le sens décide
Avec « ou », l'accord dépend du sens visé. Si les deux sujets peuvent agir ensemble ou si l'un explique l'autre (idée d'addition), le verbe se met au pluriel. Si un seul des deux sujets peut réaliser l'action (choix exclusif), le singulier est admis.
Juste : « Son sérieux ou sa rigueur expliquent son succès. » (les deux qualités jouent ensemble : pluriel) / « Le proviseur ou son adjoint signera ce document. » (un seul des deux signera : singulier)
Avec « ni... ni », l'usage actuel penche largement vers le pluriel, même si le singulier, qui insiste sur l'exclusion réciproque de chaque sujet pris seul, reste attesté par les grammairiens.
Juste : « Ni Pierre ni Paul ne viendront. » (usage courant, pluriel) / « Ni l'un ni l'autre n'a raison. » (singulier, qui insiste sur chacun pris séparément, également admis)
Sujet collectif suivi d'un complément au pluriel
Quand le sujet est un nom collectif suivi d'un complément au pluriel (« la majorité de », « une foule de », « la plupart de »...), l'accord dépend de l'expression employée.
« La plupart de » impose toujours le pluriel : « La plupart des candidats réussissent. » « Beaucoup de », « un grand nombre de », « bien des » suivent la même règle : « Un grand nombre de candidats se présentent. »
En revanche, avec « la majorité de », « la totalité de », « une foule de » ou « un groupe de », les deux accords sont admis selon ce que le rédacteur veut souligner : le singulier insiste sur l'ensemble pris comme un tout, le pluriel sur les individus qui le composent.
Juste : « La majorité des candidats a réussi. » (l'ensemble) / « La majorité des candidats ont réussi. » (chacun d'eux) : les deux formulations sont correctes.
« Qui » relatif : l'accord se fait avec l'antécédent
Quand « qui » est sujet du verbe, ce verbe s'accorde avec l'antécédent de « qui », c'est-à-dire le mot ou le groupe de mots qu'il reprend, pas avec le pronom lui-même.
Juste : « C'est moi qui ai raison. » (accord avec « moi », première personne) Fautif : « C'est moi qui a raison. »
Le cas « un des... qui » mérite une attention particulière : la grammaire traditionnelle recommande le pluriel, parce que « qui » reprend l'ensemble désigné par le nom pluriel, pas seulement l'unité isolée par « un ». Le singulier, qui insiste sur cette unité, se rencontre aussi dans l'usage sans être considéré comme une faute grossière.
Juste (recommandé) : « C'est un des rares guides qui traitent ce sujet en détail. » (« qui » reprend « les guides »)
Méthode pour ne jamais se tromper
Face à un verbe, isolez d'abord son sujet réel en posant la question « qui est-ce qui fait l'action ? », sans vous laisser distraire par les mots intercalés. Si plusieurs sujets sont coordonnés, identifiez la conjonction (« et » impose le pluriel, « ou » et « ni... ni » dépendent du sens). Si le sujet est un nom collectif suivi d'un complément pluriel, distinguez les expressions à pluriel obligatoire (la plupart, beaucoup de) de celles où le sens commande (la majorité, une foule). Si le sujet est « qui », remontez à son antécédent avant d'accorder.
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