Un pluriel qui dépend de la nature de chaque mot
Le pluriel d'un nom composé (deux mots ou plus reliés par un trait d'union ou une préposition) ne suit pas une règle unique : il dépend de la nature grammaticale de chacun de ses éléments et, pour les composés avec un verbe, du sens du mot qui suit ce verbe.
Nom + nom, ou nom + adjectif : les deux éléments s'accordent
Quand un nom composé associe deux noms, ou un nom et un adjectif, les deux éléments prennent la marque du pluriel, comme le ferait un groupe nominal ordinaire.
Juste : « des choux-fleurs » (nom + nom) / « des grands-pères » (adjectif + nom) / « des coffres-forts » (nom + adjectif) Fautif : « des choux-fleur » / « des grand-pères »
Nom + préposition + nom : le complément reste invariable
Quand le nom composé est construit avec une préposition (« à », « de », « en »...), le complément introduit par cette préposition reste invariable, car il exprime une réalité générale ou non comptable, pas un objet qui se multiplierait.
Juste : « des arcs-en-ciel » (le complément « ciel » ne se multiplie pas) / « des pommes de terre » (« terre » reste invariable) / « des timbres-poste » (le « service postal » ne se multiplie pas) Fautif : « des arcs-en-ciels » / « des timbres-postes »
Verbe + nom : le nom s'accorde seulement s'il est pluriel dans le sens
Quand le nom composé associe un verbe et un nom, ce dernier ne prend la marque du pluriel que si la réalité qu'il désigne est elle-même plurielle dans les faits. S'il désigne une matière non comptable ou une réalité unique par nature, il reste invariable.
Juste : « des tire-bouchons » (on tire des bouchons, réalité comptable et plurielle) / « des perce-neige » (la neige n'est pas comptable : invariable) Fautif : « des tire-bouchon » / « des perce-neiges »
Ce que change la graphie recommandée de 1990
Les rectifications orthographiques publiées au Journal officiel du 6 décembre 1990 simplifient ce cas précis pour les composés du type verbe + nom ou préposition + nom : dans leur graphie recommandée, seul le dernier élément prend la marque du pluriel, et seulement quand le mot entier est employé au pluriel, sans qu'il soit nécessaire d'analyser si la réalité désignée est comptable ou non.
Recommandé 1990 : « un cure-dent, des cure-dents » (accord régulier sur le second élément, sans se demander si on « cure » plusieurs dents à la fois).
Les deux graphies (traditionnelle et rectifiée) sont admises par les dictionnaires actuels sans qu'aucune ne soit tenue pour fautive : l'essentiel est de rester cohérent sur un même document plutôt que de mélanger les deux logiques pour un même mot.
La méthode en trois questions
Face à un nom composé à mettre au pluriel, identifiez d'abord la nature de chaque élément (nom, adjectif, verbe, préposition). Si les deux éléments sont des noms ou un nom et un adjectif, accordez les deux. Si une préposition relie les éléments, le complément après la préposition reste invariable. Si le premier élément est un verbe, demandez-vous si la réalité désignée par le second peut exister au pluriel dans les faits : si oui, accordez ; sinon, laissez invariable, ou reportez-vous à la graphie de 1990 si vous l'avez adoptée pour l'ensemble de votre document.
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▸ SOURCES
- Grevisse, Le Bon Usage
- Bescherelle, La Conjugaison pour tous
- Les rectifications de l'orthographe de 1990 — Grevisse.fr
- Les rectifications orthographiques de 1990 — ministère de la Culture (PDF)